BUTIHINDA : Célébration du 85ᵉ anniversaire de la création de la ville de Gashoho et hommage à la mémoire des victimes des massacres perpétrés lors de l’incendie du marché de Gashoho le 5 Août 1994

Dans le cadre de la consolidation de la paix, du renforcement de l’unité nationale, de la préservation de la mémoire collective et de la valorisation du patrimoine historique et culturel, en droite ligne avec la Vision du Burundi, pays émergent en 2040 et pays développé en 2060, la Commune de Butihinda a commémoré, ce 5 août 2026,sous le thème BANYA GASHOHO MUZE DUFATANE MUNDA DUTSIMBATAZE AMAHORO N’UMUTEKANO VYO NKINGI Y’UMUBANO MWIZA ,UBUMWE N’ITERAMBERE RIRAMA,le 85ᵉ anniversaire de la création de la ville de Gashoho et rendu un hommage solennel à la mémoire des victimes des massacres perpétrés lors de l’incendie du marché de Gashoho, survenu le 5 Août 1994.

Les cérémonies commémoratives ont débuté par le dépôt de gerbes de fleurs au monument érigé en mémoire des victimes des massacres perpétrés lors de l’incendie du marché de Gashoho et du centre de Gisanze le 6 Août 1994.

Ce geste symbolique de recueillement et de respect a permis aux autorités et à la population de rendre un hommage solennel aux victimes de cette tragédie qui a marqué l’histoire de la commune BUTIHINDA.

Les cérémonies se sont poursuivies par une marche de recueillement réunissant les autorités administratives, les invités de marque et une nombreuse population. Le cortège est parti du centre de Gashoho pour rejoindre le Stade de la Démocratie de Rwuya, où se sont déroulées les cérémonies officielles de commémoration.

À l’issue de la marche de recueillement, les participants se sont rassemblés au Stade de la Démocratie de Rwuya, où une messe d’action de grâce a été célébrée en mémoire des victimes des massacres perpétrés lors de l’incendie du marché de Gashoho.

Dans son homélie, le prêtre célébrant, l’Abbé IYIBIZENABI Jérémie, s’appuyant sur l’Évangile selon saint Matthieu 15:21-28, a exhorté les fidèles à méditer sur trois enseignements essentiels inspirés par cette célébration commémorative.

Premièrement, il a exhorté les chrétiens à demander sincèrement pardon au Seigneur, seul capable de transformer le pécheur en un homme nouveau, purifié de toute faute.

Deuxièmement, il a appelé les fidèles à implorer Dieu de leur accorder l’Esprit de discernement afin de résister aux tentations du mal, non seulement dans les circonstances liées à l’histoire de Gashoho, mais également dans leur vie quotidienne car le mal est omniprésent et que chacun a constamment besoin de la miséricorde et de la protection divines.

Enfin, il a invité l’assemblée à prier pour les autres et à demander la bénédiction de Dieu pour tous, afin de les préserver des projets du mal. Il a encouragé les fidèles à suivre l’exemple de Jésus-Christ qui, loin de se venger de ceux qui l’ont crucifié, a répondu à la haine par le pardon, l’amour et la miséricorde.

Dans son mot d’accueil, le Chef de zone Gashoho, M. KARIBUGANWA Léopold, a remercié les participants pour leur présence et les a exhorté à se mettre au travail afin de contribuer à leur propre développement et à celui de leur communauté.

S’agissant de l’agrémentation des cérémonies, divers jeux et animations avaient été organisés pour divertir les participants. Ce divertissement comprenait la course en sacs, le jeu consistant à briser des pots suspendus en l’air à l’aide d’un bâton, les yeux bandés, la course avec des paniers portés sur la tête sans les soutenir avec les mains, le défilé des jeunes enfants, ainsi que des prestations de danses traditionnelles et modernes de diverses catégories.

Les participants ont eu également l’occasion de suivre un exposé consacré à l’histoire et à l’évolution du marché de Gashoho, présenté M.NZEYIMANA Théodore qui a mené des recherches sur ce patrimoine historique.

Selon cette présentation,

 Le marché de Gashoho tel qu’il existe aujourd’hui n’est pas établi sur son site d’origine. À leur arrivée en 1946, les premiers Européens s’étaient installés à proximité de l’actuel hôpital de Gashoho, où ils avaient aménagé le premier marché. Toutefois, en raison du manque d’eau, ils avaient ensuite transféré leurs activités vers l’emplacement actuel, après avoir entrepris l’aménagement de plusieurs sources d’eau, dont celle de Rubiri.

La plupart de ces premiers commerçants européens, alors célibataires, Ils ont alors fondé des familles avec des Burundaises.

 Grâce au développement du commerce, le marché de Gashoho est progressivement devenu un important centre de négoce, réputé notamment pour le commerce du café, des houes, des ballots de vêtements et de nombreux autres produits.

Au fil du temps, les Burundais employés dans les boutiques des Européens ont acquis les connaissances nécessaires pour exercer le commerce à leur tour. Plusieurs sont ainsi devenus des commerçants prospères, tandis que les Européens cédaient progressivement leurs activités avant de poursuivre leurs affaires à Bujumbura.

L’orateur est ensuite revenu sur les événements tragiques du 5 août 1994. Selon son exposé, le marché de Gashoho a été entièrement pillé puis incendié par les déplacés de Gashoho conduit par le Chef de Poste Militaire de Gashoho du nom de NZOSABA. Ces violences se sont poursuivies le lendemain à Gisanze, où plusieurs boutiques ont également été brûlées. À la suite de ces événements, de nombreux rescapés ont trouvé refuge en Tanzanie, tandis que d’autres ont essayé de poursuivre leurs activités commerciales à Masanganzira. Dès lors, le marché de Gashoho n’a jamais retrouvé son dynamisme d’autrefois et les vestiges de cette tragédie demeurent encore visibles aujourd’hui.

Prenant la parole, le représentant de l’Administrateur communal, M.NDIKUMAGENGE Éric, a transmis les salutations de l’Administrateur communal, empêchée de prendre part à cette célébration.

Dans son intervention, il a rappelé que tous les Burundais sont appelés à faire preuve de solidarité, à connaître leur histoire, à savoir d’où ils viennent et où ils vont, afin de mieux définir les actions à entreprendre pour bâtir un avenir meilleur.

Il a remercié les organisateurs de cette journée pour leur esprit d’initiative et de solidarité, soulignant que cette célébration constitue un cadre privilégié de rassemblement des natifs, des résidents et des amis de Gashoho autour d’un objectif commun de développement.

Abordant la situation de la ville de Gashoho, il a indiqué que son état actuel est préoccupant et ne reflète pas son potentiel de développement. Selon lui, Gashoho aurait déjà atteint un niveau de développement beaucoup plus avancé si son marché n’avait pas été ravagé par un incendie.

Il a enfin clôturé son allocution en invitant toute la population à redoubler d’efforts, à renforcer la solidarité et à s’impliquer davantage dans les initiatives de développement afin de rattraper ce retard et d’atteindre les objectifs que la localité s’est fixés.

Signalons que ces cérémoies étaient réhausseés par la présence de  l’initiateur de cette commémoration, le Député à l’Assemblée législative de la Communauté de l’Afrique de l’Est (EALA), l’Honorable BURIKUKIYE Victor.

Dans son mot de circonstance il a d’abord souhaité un joyeux anniversaire à toute la population présente, en particulier aux natifs de la commune Butihinda ainsi qu’aux invités venus des communes de Kiremba, Muyinga et Tangara, qui avaient rehaussé de leur présence les cérémonies de cette journée.

Avant son allocution, il avait invité les participants à observer une minute de silence en mémoire de toutes les victimes des massacres de 1994, en signe de respect et de recueillement.

Revenant sur la signification de cette commémoration, il a expliqué qu’elle constitue une occasion de se souvenir du chemin parcouru par la ville de Gashoho et ses acquis qui ont été détruits en très peu de temps. Il a rappelé qu’autrefois, Gashoho était une ville commerciale prospère, reconnue comme l’un des principaux centres de négoce du café au Burundi. Des commerçants venus de différentes régions du pays et de l’étranger s’y rendaient pour leurs activités économiques.

L’Honorable BURIKUKIYE Victor a également rappelé que les premiers Européens s’étaient installés à Gashoho principalement pour développer le commerce du café produit dans la région. Ils ont contribué à transmettre aux Burundais les connaissances liées au commerce, permettant à plusieurs d’entre eux de devenir, à leur tour, des opérateurs économiques. Il a aussi salué la cohabitation harmonieuse qui existait entre les habitants de Gashoho et les étrangers qui y vivaient.

Au cours de cette commémoration, les participants ont également eu l’occasion de découvrir des vestiges généalogiques de certaines familles grecques, ayant marqué l’histoire de la ville.

Quant aux responsables administratifs, il les a exhorté à entreprendre un travail de recherche et de rédaction de l’histoire complète de la ville de Gashoho afin de préserver ce patrimoine historique au profit des générations présentes et futures.

Abordant les causes du déclin de cette ville, il a évoqué plusieurs facteurs, notamment les rumeurs et la mauvaise propagande qui avaient suscité la méfiance envers les Européens, la fermeture des usines de collecte du café ayant entraîné une baisse des activités commerciales, ainsi que les crises et conflits qui ont profondément affecté le pays.

S’agissant de la leçon à tirer de cette commémoration, il a souligné que

  1. Le développement de Gashoho reposait essentiellement sur la forte production du café, qui attirait investisseurs et commerçants.
  2. Selon lui, si la population accroît de nouveau la production du café, de l’avocat et d’autres cultures à haute valeur ajoutée, la localité redeviendra attractive pour les investisseurs et retrouvera progressivement son rayonnement économique.

Dans cette perspective, il a encouragé les 1 500 membres de la coopérative agricole de Gashoho à valoriser le marais de Gashoho par une agriculture moderne et intensive, tout en développant ce site comme un espace touristique capable de contribuer au développement économique local.

À l’approche des échéances électorales, il a enfin, a exhorté la population à privilégier le travail, à préserver la cohésion sociale et à éviter toute division fondée sur des considérations politiques.

                 Les cérémonies se sont cloturées par le partage d’un verre.

                                                                                 

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